Edito

La vie, etc.

Je me suis toujours demandée pourquoi sommes-nous ici, qu’y faisons-nous réellement. Avons-nous accepté de relever ce challenge ou nous a-t-il été imposé ? Si acceptation il y avait, ne devait-on pas être épargnés d’être aussi stupides d’accepter ?


Aucune créature rationnelle et libre d’arbitre accepterait de se battre pour des places limitées dans les premières loges des cieux au dépend des siens, sauf si elle est programmée au préalable pour assurer sa propre survie. Et si tel est le cas pourquoi continuons-nous d’engendrer notre chair et sang dans cette bataille sans fin, à leurs risques et périls.
Nous vivons sur cette terre la tête haute, comme si nous étions l’espèce la plus forte. Nous avons domestiqué des animaux bien avant la révolution agricole. Nous avons adopté chats et chiens comme de dociles animaux de compagnies. Nous avons œuvré pour que seuls les plus dociles survivent, procréent, perdurent. Et en cours de route, avec toute notre malice, nous nous sommes domestiqués nous-mêmes.
Nous collectons des points pour nous garantir deux vies meilleures, celle d’aujourd’hui et de l’au-delà. Nous bâtissons temples et gratte-ciels pour marquer notre passage sur ce bas monde, juste au cas où. Nous n’avons aucune certitude d’y revenir ni de s’en souvenir, mais pourtant, nous voulons que l’on se rappelle de nous. Pas forcément nos proches, eux nous suivront bientôt. Mais les autres, ces inconnus qui n’ont jamais compté et ne compterons probablement jamais, du moins pas dans cette vie.

Certaines personnes croient à la réincarnation. Entre réalité et fantasme, leur cœur a tranché. Elles sont là pour accomplir une mission, qui a commencé bien avant leur naissance.
Elles expliquent leur déjà-vu, interprètent leurs lapsus et acceptent leur destin. Après tout, elles ne font que payer le fruit de leurs erreurs d’une vie passée…
Elles redoutent que leur passage n’ait pas de sens, que la vie n’ait pas de dessein. Elles sèment ce qu’elles aimeraient récolter dans cette vie, ou une autre.

Et si vous voulez mon opinion, ils ont bien de la chance. J’aurai aimé y croire, je rentabiliserai dès lors tout ce que j’aurai appris ici, dans cette vie. Malheureusement pour moi, je pense qu’il n’y a qu’une seule chance et que nous la vivons en changeant constamment d’objectifs. Parce qu’on le veuille ou pas, nous changeons, nos sentiments et idéaux avec nous constamment. La vie est injuste et nous sommes inégaux, d’abord de naissance, puis par choix et actions. Nous sommes tantôt protagonistes tantôt faisons partie du décor. Nous ne sommes pas les héros ni des grands. Nous sommes humains, faibles et impuissants. Et nous ferons des erreurs peu importe ce que la vie nous aurait apporté de leçons ou de sagesse. Je pense que nous sommes prédestinés à nous planter. Nous ne pouvons échapper de cette fatalité. Nous sommes nés pour confirmer l’immensité de notre égoïsme, de nos faiblesses, de notre médiocrité. Nous ne sommes que brouillon.

Loin de moi l’idée d’être cynique ou me montrer pessimiste, je formule ces lignes à contre cœur. Je suis maman et j’aimerai porter un discours haut en couleurs mais la réalité me rattrape ou plutôt devrai-je dire, la fatalité me rattrape. Je n’ai connu que cette espèce et je l’admire autant que je la méprise par moment, mais ce qui reste constant c’est que je l’aime. J’aime notre humanité, nos erreurs, nos faiblesses. Je n’aime pas ce concours. Je n’aime pas cette évaluation. Je n’ai que d’un monde paradisiaque fait de lacs et de cygnes. Je n’en veux point.

Ce n’est pas le néant qui ne m’effraie ni le jugement et encore moins la réincarnation. Ce qui me fait peur, ce qui me terrorise, ce qui me tétanise, c’est d’oublier. Oublier ce que c’est que d’être humain, ce que c’est que d’aimer.  Je ne veux pas oublier les feux d’artifices, les papillons dans le ventre, la fièvre, l’insomnie, l’excitation, la renaissance.

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